Je renchéris sur le post précédent consacré aux thirunambigal, et sur ce que Gee Ameena Suleiman a évoqué dans son témoignage ou elle parle notamment des difficultés des Female to male à accéder aux toilettes publiques, je cite : 

"...Aux toilettes, on nous dirige vers les urinoirs où les hommes biologiques soulagent leur vessie debout. Si nous entrons dans les toilettes pour femmes ont nous prend pour des voyeurs, des harceleurs et on nous roue de coups". 

Il faut savoir qu'en Inde, et tous ceux qui s'y sont rendus pourront le confirmer, les toilettes qu'elles soient publiques ou privées restent un gros problème et un souci récurrent. Beaucoup de particuliers n'en possèdent pas et les déjections se retrouvent à joncher les rues, les égouts à ciel ouvert, les bords des routes. Dans les villes d'une certaine importance, ce sont les harijans/dalits (intouchables)qui le matin vont ramasser et nettoyer dans les maisons et dans les rues, les déjections, idem quant à l'entretien des urinoirs et toilettes publiques existants et peu nombreux eu égard à la population qui les fréquentent.

En 2009 sauf erreur de ma part, le gouvernement indien a lancé un grand projet de création de toilettes dans toute l'Inde et surtout dans des villes comme Jaisalmer où les saletés attaquaient les pierres des murailles et des maisons et détruisaient ainsi un patrimoine important. Le but : lutter plus efficacement contre les épidémies de toutes sortes.

Les transgenres ne furent pas oubliés puisque la municipalité de Chennai (Etat du Tamil Nadu)  a alloué 4 millions et demi de roupies (environ 70 milles euros) pour la construction de toilettes destinées aux transgenres et aux hijras. A noter que cet Etat est le seul à reconnaître le 3ème sexe, devrait suivre le Pakistan.

Le projet d'essai prévoyait 3 installations destinées aux eunuchs à Chennai, dans les quartiers où le nombre de hijras est le plus élevé, mais selon les résultats obtenus, il se pouvaient que d'autres installations soient construites.  Le problème vient des hijras eux-mêmes qui ont reconnu, pour quelques uns, un geste de reconnaissance de leur situation par le gouvernement. Alors que pour d'autres, cette initiative est plus synonyme d'une marginalisation. "Utiliser des toilettes séparées ouvre la voie à la discrimination" déclare ainsi Aasha Bharathi présidente de l'association Aravanigal du Tamil Nadu dans l'Indian Express. "Nous voulons être considérées comme des femmes".

Alors là, petite parenthèse : les véritables hijras refusent d'être considérés comme femmes même s'ils portent des saris, ils ne veulent plus non plus être considérés comme des hommes mais bien comme étant du 3ème sexe, ne pas confondre avec les transgenres, et les travestis.

Toutefois, ce projet de toilettes séparées mis en place pour le bien être des transsexuelles ne tient pas spécifiquement compte des thirunambigal.  En effet, bien que destinées aux personnes ni hommes ni femmes, elles s'adressent plus spécifiquement aux hijras (homme habillé en femme) et si on voyait un "homme" y rentrer on pourrait aisément en déduire qu'il s'agit d'une femme travestie en homme et là encore les réactions pourraient être violentes. Quoi que l'on fasse en Inde, le genre est automatiquement lié au sexe.

Par ailleurs, l'installation de toilettes séparées pourrait également répondre au désir du reste de la population, mais là encore ça reste hypothétique, un sondage révélait que 99 % des personnes interrogées refusaient d'utiliser les mêmes toilettes que les hijras par peur de contamination VIH. Les femmes quant à elles ne veulent absolument pas aller dans des toilettes ou des hommes, mêmes eunuchs, vont !