MHUXE

Au Mexique l’homme a un  rôle parfaitement défini. Il occupe les pouvoirs économiques et politique, pendant que Madame, dirige, elle, la sphère familiale. Bref un homme est un homme et non un mâle efféminé porté vers le travestisme, donc aussitôt méprisé et considéré comme un homosexuel.

Au XVIème siècle, à l’arrivée des colonisateurs espagnols, des récits parlaient déjà d’êtres "ni homme, ni femme", évoluant dans une sphère féminine, efféminés mais non travestis en femme, et avec des attributs masculins. Les mhuxés représentent ainsi le 3ème entre de la Société Zapotèque, des hommes à orientation homosexuelle mais ni condamnés ni rejetés. Ils sont tolérés parce qu’ils travaillent très fort et sont un apport économique important pour une famille. En plus, ne se mariant pas, le muxé reste auprès de ses parents vieillissants, il veille sur eux.

Et dans une société où la virginité des femmes est très importante, le muxé permet aux jeunes hommes de « prendre patience», d’assouvir leurs premières pulsions sexuelles. Sans oublier le Zapotèque marié, qui, en ayant des relations sexuelles avec un muxé conservera ainsi une lignée familiale « pure » en ne concevant pas d’enfants illégitimes.

A Juchitan une ville de 80 000 habitants de culture principalement Zapotèque, située dans l’Etat d’Oaxaca au Sud du Mexique, le mhuxé est un membre à part entière de la société en raison de sa proximité intime avec les femmes Zapotèques possèdent un certain pouvoir et une autorité, et dont les rôles sont socialement valorisés.

Les mhuxés sont ainsi considéré comme les « précieux gardiens » d’une tradition ancestrale dont les Zapotèque sont extrêmement fiers et jaloux. Ils brodent, préparent les fêtes et développent une forte fibre artistique. Ils enseignent la danse, sont coiffeurs.

Pendant longtemps, à Juchitan, aucun travestissement féminin ne caractérisait les mhuxés. Parfois, des détails plus filles les trahissaient, comme un vernis à ongles un peu vif, des fleurs dans les cheveux, des manières efféminées.  Mais c’est lors de la première Vela (fête)  organisée en 1976 que des spectacles de danse et de chants travestis - influencés par la culture transgenre internationale ou mexicaine - ont été présentés aux familles et aux amis. La fête a connu un immense succès et depuis se renouvelle chaque année. C’est aussi durant cette première vela que les mhuxés ont enfin pu revêtir les vêtements traditionnels féminins. 

Aujourd’hui de nombreux jeunes mhuxés se travestissent dans leur quotidien et revendiquent leur identité féminine aux yeux de la société. Désir profondément irritant, selon les vieux muxés, qui trouvent ce travestisme choquant ! D’autant plus que la nouvelle génération commence aussi à prendre des hormones et  rêver d’implants mammaires….

Mes sources : Jeannette Brisson  (doctorante département  anthropologie université Laval).