4181_bleu_201L'indigo est un pigment végétal connu depuis plus de 4000 ans. Le colorant est extrait des feuilles de diverses plantes que l'on nomme plantes à bleu. Si certaines sont cultivées, d'autres variétés sauvage sont cueillies en brousse ou récoltées dans la forêt. Le pastel est une plante à bleu adaptée aux climats tempérés, alors que les indigofera  sont particulièrement à l'aise  dans un milieu tropical.

L'indigo est fort mystérieux. Ainsi, à l'encontre des autres couleurs qui requièrent de l'eau bouillante et l'usage de mordants pour imprégnier les fibres textiles, la teinture en bleu se fait à l'eau tiède ou froide. Autre particularité, le pigment est non seulement invisible mais soluble.

"Monter une cuve", c'est à dire préparer un bain de teinture ressemble un peu à de l'alchimie.

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La première étape consiste à extraire le pigment par macération ou broyage des végétaux. Les cellules contenues dans le suc de la feuille se transforment sous l'action de l'eau et de l'oxygène de l'air. Par décomposition chimique, elles forment une boue bleue qui tapisse le fond du bassin d'extraction. C'est le précieux pigment qui sera alors raclé, chauffé, filtré. Il est ensuite, soit moulé en bloc, soit desséché et pulvérisé.

Une fois le pigment extrait, il convient ensuite d'effectuer la teinture. Opération qui consiste à imprégner les fibres textiles et à fixer la couleur d'une manière durable. Or ce pigment est insoluble par une destruction moléculaire qui s'opère dans la cuve de teinture, il sera transformé en une susbtance soluble mais incolore.

C'est l'oxygène de l'air qui, au sortir du bain, lui restituera sa teinte, d'abord verte puis bleue. Pour obtenir des teintes plus ou moins foncées, on procède à des trempages successifs, alternant avec des temps d'oxygénation. 

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L'origine du mot indigo vient d'Inde. Notre pays est certainement le berceau de la variété la plus répandue, l'indigofera, et il fut pendant longtemps le principal producteur d'indigo. Commercialisé sous forme de blocs de sédiment séché, l'indigo était principalement destiné à l'exportation et a constitué une source de fabuleux profits pour les empires colonniaux jusqu'au 19ème siècle.

Appelé nila, le pigment était fort prisé par les teinturiers européens grâce à sa forte concentration en indigotine et sa facilité d'utilisation. Mais la production  s'est  inexorablement effondrée à la fin du 19ème siècle après la découverte, en 1768 par le chimiste  Adolf Vonn Baeyer de l'indigo de synthèse.

En Inde du Sud, les saris de couleur bleu étaient traditionnellement portés par les femmes de pêcheurs et les ouvriers qui travaillent l'Indigo font partis de la caste des Harijans, le travail est fort difficile et fort peu payé ce qui ajoute encore à leur statut de paria.

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Quelques plantations  et indigoteries  sont encore en activité dans le Tamil Nadu (Sud de l'Inde), en Andhra Pradresh et au Blangadesh. Elles produisent un pigment qui alimente en Inde comme à l'étranger, des teinturiers soucieux d'authenticité et de qualité. Quant aux paysannes du Rajasthan et du Gujarat, certaines portent encore leurs larges jupes bleues imprimées au tampon de bois. 

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Parti d'Inde, le précieux pigment empruntait les routes des caravanes jusqu'aux rives de la Caspienne ou de la Mer Noire pour atteindre la Méditerranée, le Moyen Orient et les berges du Nil. L'indigo servait à teindre les fils d'ikat utilisés pour les chapan ouzbeks, les chyrpy brodés du Turkménistan, les redingotes d'Alep, les robes yéménites ou palestiniennes. 

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