P1050238Avant mon départ en tournée, Aliocha m'a proposé d'aller y faire une tour. Je dois avouer avoir été plutôt réticent, car bien que faisant partie de l'intitulé ; Kâma-Shastra spiritualité et érotisme dans l'art indien, et que sans nulle doute ladite exposition serait bien mise en valeur, il me faudrait supporter et entendre les réflexions d'europens qui n'auront retenu que le mot érotisme faisant passer la spiritualité au second plan, quand ce n'est carrément pas aux oubliettes. Mais bon, c'était l'occasion d'aller voir une exposition qui faisait plaisir à Aliocha et qui lui apprendrait des choses, et qui complèterait celles que je connaissais déjà. Toutefois, dans ce texte je ne parle par de l'exposition qui était fort bien présentée, mais plutôt du Kâma-Shastra proprement dit. 

Tout d'abord le mot kâma signifie désir, amour et Shastra livre donc le livre de l'amour ou mieux pour faire plus intellectuel : le kâma-Shastra signifie les Aphorismes du Désir. Ces écrits furent écrits par Vâtsyâyana et naturellement les pandits ont répondu qu'il était l'auteur d'un ouvrage classique sur l'amour dans la littérature sanscrite et qu'aucune bibiliothèque sanscrite n'était complète sans cet ouvrage. Il est impossible de fixer exactement la période de vie et de l'oeuvre de Vâtsyâyana. Il est supposé avoir vécu entre le 1er et le 6ème siècle après Jésus-Christ

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En Inde, le sacré est pratiquement présent dans toute chose. Le Kâma-Shastra témoigne de cette union parfaite, profonde et charnelle entre la nature, les hommes et les Dieux. Il est à noter qu'au départ ce livre était destiné à la noblesse indienne, afin de déniaiser leur fils, Les femmmes, de rois, de ministres  étaient aussi versées dans la connaissance du Kama Shastra. Il en résultat en fait que toute femmes doit pouvoir y accèder, à certaines parties seulement. En effet, en privé, les jeunes filles devaient étudier seules les 64 pratiques pour cela, elles peuvent faire appel à l'aide d'amies intimes, la fille d'une nourrice élevée avec elle et déjà mariée, d'une tante la soeur de sa mère, d'une domestique, d'une  jeune fille, une partie seulement du kâma-shastra leur était accessible.

Le Kamâ-Shastra se décompose en sept livres et est en fait un miroir des moeurs.

P1050141Les jeux du plaisir et de l'esprit : le Kâma-Shastra ne se résume pas à une débauche de positions érotiques plus acrobatiques les unes que les autres. ce traité savoureux du IIIème siècle de notre ère érige le plaisir sexuel comme la condition essentielle pour obtenir l'harmonie entre deux êtres, nourris des préceptes de l'indhuisme et destinés à tous (hommes comme femmes).

Les arts à étudier en même temps que le Kâma Shastra sont le chant, le jeu d'un instrument de musique, la danse, la combinaisaison du chant de la danse et de l'instrument joué : l'écriture et le dessin, le tatouage, la disposition et l'ornementation d'une déité avec du riz ert des fleurs, etc....

S'il traite abondamment et très librement de la sexualité (lhomosexualité est considérée comme un aspect naturel de la vie sexuelle) et le Kâma Shastra fourmille aussi et surtout d'indications pratiques. Aux côtés des différents rituels de pénétration, l'ouvrage regorge ainsi de conseils dans l'art  préliminiaires des baisers et autres caresses.

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Les conseils du bon sens : Il a été dit l'homme accompli sur le plan de la richesse, de l'amour et de la vertu atteint sans peine le maximum dans ce monde et dans l'autre.

Dans l'Indhuisme, l'homme doit atteindre trois buts dans la vie. Sans en privilégier un au détriment des autres, (le dharma) la vertu, l'artha (la richesse), le kâma (désir amoureux) . Pour cela chacun rempli un rôle précis dans la société et maintient ainsi la bonne harmonie du monde.

Les différentes sortes d'unions sexuelles : Du point de vue sexuel, on peut répartir les hommes en trois classes, définies en fonction de la taille de leur lingam : homme-lièvre, homme-taureau, et homme-cheval. Quant aux femmes, en fonction de la profondeur de leur yoni, elles sont femmes-biches, femmes-juments, ou femmes-éléphants. Il y a donc neuf situations relatives.

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Trois sont équivalentes et les six autres ne le sont pas car les dimensions sont différentes ou très différentes. Dans cette dernière situation on appelle haute union le cas ou le sexe de l'homme est d'une taille plus importante que celui de la femme.  Si  la différence est particulièrement importante, il s'agit d'une très haute union. Dans le cas contraire, lorsque la taille du sexe de la femme est surdimentionnée par rapport à celle du sexe de l'homme, il s'agit d'une basse union : elle peut être de deux sortes : Dans le cas d'une union avec un homme dont le lingam présente la taille la plus éloignée de la sienne on parle d'une très basse union, et elle ne peut  être que d'une seule sorte.

En d'autres termes, le cheval et la jument, le taureau et la biche sont des formes de haute union, alors que le cheval et la biche parviennent à une très haute union. Du point de vue féminin, l'éléphant et le taureau, la jument et le lièvre forment une très basse union alors que l'éléphant et le lièvre donnent une très basse union.

A l'occasion d'une haute union sexuelle, la femme Mrigi (biche) devra se coucher de telle manière que son yoni soit élargi, tandis que pendant une basse union, la femme Hastini "éléphant" devra se coucher en contractant le sien. 

Fille de bonne caste

L'acquisition d'une bonne épouse : Lorsqu'une jeune fille vierge, de même caste se marie conformément aux préceptes des livres sacrés, il en résulte l'acquisition de Dharma et d'Artha descendance, affinité, davantage d'amis et un amour sans nuages. C'est pourquoi un homme devra s'intéresser à une jeune fille de bonne famille, ayant encore ses parents et de trois ans au moins plus jeune que lui.  Elle devra être issue d'une famille hautement respectable, pourvue de biens, de relations, et avoir de nombreux parents et amis. Elle se devra d'être belle, avoir une bonne nature, porter sur son corps des marques de chance, une belle chevelure, et que tout, ongles, dents, oreilles, yeux soit harmonieux, la poitrine bien proportionnée, bien faite et jouissante d'une parfaite santé. L'homme se devra d'avoir ces même qualités. Si, dit Ghotakamukha elle n'est pas vierge, il serait blâmable de l'aimer. 

Le mariage ne sera envisagé que s'il est validé par les astres. Toujours dans le dessein de préserver l'univers, une épouse ne doit pas être forcée. Vâtsyâyana prodigue conseils et exemples pour la décontracter car "la femme est comme une fleur. Il faut la traiter en douceur". Gestes affectueux, doux baisers et tendres paroles auront raison des peurs et réticences de la jeune épousée qui acceptera alors les démonstrations de passion de son mari.P1050137

La vie d'une femme vertueuse : Selon Gonardïya il n'est pas d'état plus heureux que l'état du mariage.La femme mariée a en charge plusieurs occupations, différentes selon qu'elle est épouse unique ou épouse principale. Elle a "la responsabilité de la maisonnée", elle y supervise toutes les tâches ménagères : laver, ranger, cultiver plantes et fleurs, établir les repas en fonction des goûts de son mari, accueillir chaleureusement invités et belle-famille... En tant que femme elle est tenue d'être toujours de commerce agréable, tant physiquement qu'en paroles. Et pour des rencontres amoureuses elle doit se vêtir luxueusement avec beaucoup de bijoux, de fleurs dans les cheveux et d'onguents. Car en plus d'être une hôtesse impeccable, l'épouse saura rester une amante parfaite.

Son rôle diffère un peu lorsqu'elle est épouse principale. Elle veille aux bonnes relations entre les autres épouses et avec son mari. Elle accepte également les enfants et tous les membres de la famille des autres concubines.Paris_Musée_de_l'érotisme_002

Les femmes des autres : Le Kâma Shastra accepte certaines pratiques qui pourraient sembler contraire à l'ordre social (une femme dominatrice en amour, les relations extra-conjugales), ces pratiques existant - et bien que Vâtsyâyana condamne l'adultère - autant le codifier.

Un homme peut s'intéresser à l'épouse d'un autre pour sauvegarder sa propre vie quand il s'aperçoit que son amour pour elle ne cesse d'augmenter. Les degrés d'intensité sont : amour des yeux, attachement à l'esprit, réflexion constante, troubles du sommeil, amincissement du corps, rejet du plaisir et des amusements, absence de pudeur, folie, défaillance, mort.

Pour la rencontrer, il est conseillé qu'il fasse lui-même la démarche au temple, en pélerinage en promenade dans les jardins..... "Sinon, il faut utiliser une entremetteuse". Celle-ci saura par ses paroles et les présents qu'elle apporte faire fléchir la femme mariée ; un rendez-vous clandestin sera ainsi arrangé, le meilleur endroit état "la demeure de la femme elle-même (l'amant) en connait les issues et a réfléchi aux façons d'en sortir".

Des courtisanes : "Couvrant tous leurs membres de bijoux et décorant avec soin leur demeure avec des vases de grand prix, celles qui vivent de leurs charmes parviennent à améliorer leur situation".

Pour la société Indienne, la courtisane a un rôle important c'est pour cette raison que Vâtsyâyana lui consacre un livre entier qu'il débute par des conseils sur le choix de ses amants. La courtisane jettera son dévolu sur un homme riche, célèbre, mais également raffiné, savant, poète et expert en arts.Idéalement, elle s'attache un amant unique et pour cela elle se comporte en épouse exemplaire ! "Elle s'efforce de lui plaire et de l'entourer comme si elle était éprise de lui". "Enjoleuse, attentionnée, elle distrait son amant grâce à son corps et ses dons en particlier le chant et la musique (danseuses et musiciennes appartiennent d'ailleurs à la caste des courtisanes même quand elles ne font pas commerce de leurs charmes). 

courtisane miniature

Mais elle ne donne à son amant que son corps et non son coeur et lui réclame de l'argent : "Sous prétexte de périodes de jeûne, de plantation d'arbres, de donations au temple, de bassins à creuser dans le jardin, des festivités ; elle se fait donner de l'argent en signe d'affection". La courtisane peut parfois renouer avec un ancien amant ou bien prendre des clients occasion.

Pour information : mes sources sont le Kâma Shastra, le Tantrisme, Les lois de Manou Les photos mises sur ce blog m'appartiennent, elles ont été faites au Musée de l'Erotisme à Paris, et chez moi dans ma collection personnelle de miniatures indiennes sur ivoire. Pour toutes copies ou reproductions veuillez svp m'en faire la demande.