DeccaniComment parler de l’art indien sans parler de ses miniatures. La miniature est une peinture ou une enluminure de petite taille caractérisée par des détails méticuleux et un délicat travail au pinceau. Ces peintures sont intimes et leur regard personnel. La richesse des détails et de l’aspect narratif invite à la réflexion.

En Inde, chaque région a un style de miniature distinct. Il y avait les traditions Pahari, Rajasthani, Deccani et l’Ecole Moghole.

Au Rajasthan, les miniatures sont grandement inspirées de leur environnement : le désert, la tradition chevaleresque, les hommes héroïques et les fort belles femmes, une culture riche et des vêtements colorés juxtaposés à un arrière-plan morne et désolé.

Les Rajputs, guerriers nobles du Rajasthan fondèrent divers royaumes qui rivalisèrent pour gagner la suprématie dans les arts et ce chauvinisme culturel engendra un haut degré de sophistication. Les maisons royales patronnèrent les écoles de miniatures. Chaque principauté et presque chaque ville développa un style  distinct. 

                                                                                                                                   

Miniature Bundi (1)Des écoles secondaires de miniatures émergèrent plus tardivement, depuis le dernier quart duXVème siècle jusqu’au milieu du XVIIème et au début du XVIIIème siècle. Les plus importantes comprenaient Kishangart, Bundi, Kotah, Marwar et Mewar.

Les badinages de Krishna avec les «gopis» (bouvières) étaient un sujet populaire. Les représentations sensuelles du Krishna Lila étaient réputées.

La Get Govinda fut développée en séries et les miniaturistes devinrent lyriques, les indhus n’ont jamais abordé les arts pour la forme de l’art. Ils ne firent aucune distinction entre le sacré et le profane.

L’école du Merwar prit une direction différente à la fin du XIIIème siècle, lorsque les artistes furent invités à Delhi par les premiers sultans Elle absorba les influences indiennes et persanes et cette assimilation atteindra son apogée dans l’école Moghole. La résultante en est la douceur des couleurs.

Miniature Bundi (4)La tradition des miniatures et l’Ecole Pahari en particulier exprime une fragilité esthétique. La belle Nayika du Chaurapauchasitcha, l’histoire de Bilhana évoque un érotisme touchant et définit le nouveau canon de la beauté féminine : des femmes amoureuses, bravant les nuits d’orage et les dangers inconnus pour se rendre à un rendez-vous.

Toutefois, se sont dans les miniatures du XIVème au XVIIIème siècle que des images évocatrices de la féminité se sont développées De même, se sont les miniatures des Ecoles Rajasthani et Pahari que les thèmes des Nayaka-Nayita et des Raga-Ragini sont devenus un leitmotiv.

Alors que la femme est glorifiée dans des collections comme celle du Chaurapanchasikha en Inde Centrale, dans les miniatures mogholes, les femmes en sont reléguées et ne tiennent plus qu’un rôle secondaire dans des scènes plus populaires de cour (durbar) et de chasse.

Le règne moghol en Inde (XVIème-XVIIIème siècle), inauguré par Babur marque une nouvelle phase dans l’illustration des manuscrits et des miniatures. L’exemple le plus ancien de l’école moghole est une grande peinture sur toile de coton représentant la famille royale en pique-nique. Elle est attribuée à l’époque d’Humayun, le successeur de Babur, un grand patron des arts. C’est sur ses instances que des artistes persanes comme Mir Sayyid Ali et Abd al-Samad sont venus en Inde. Ils y ont apporté l’expression distincte de la tradition Safavide qui a joué un rôle vital dans l’évolution du style des miniatures indiennes. 

Miniature Bundi (2)Les compositions se sont transformées peu à peu. Une perspective aérienne fut introduite, les arabesques florales abondèrent, les lignes devinrent grasses et les palettes chaudes. L’architecture n’était plus simplement reléguée à l’arrière-plan mais pris une place importante dans les compositions. Une nouvelle richesse de texture fut atteinte, mais les scènes spectaculaires et d’action caractéristiques des traditions indiennes furent sacrifiées.

Les annales mogholes avaient une forme et un contenu spécifiques. L’officier des enregistrements de la Cour y inscrivait, non seulement les comptes rendus écrits, mais y peignait aussi les évènements marquants de la vie du monarque. Ainsi, au fil du temps se développa la tradition des folios peints illustrant les évènements de la vie d’(un roi ou d’un grand personnage. Sous le puissant patronage d’Akbar, les folios étaient accompagnés d’un compte rendu détaillé en rapport écrit sur l’envers. Les annales les plus réputées de ce genre sont l’Akharnama, le Babarnama et l’Hamza Nama Khamsa d’Amir Khusrau. Un traitement similaire fut employé pour les éditions du Ramayana et du Mahabharata traduites en persan.

L’influence occidentale interviendra après 1580, suite au séjour de la première mission chrétienne à la cour impériale. Akbar témoigna d’un profond intérêt pour les arts de l’Occident. Jahangir, le fils et successeur d’Akbar était lui aussi un connaisseur.  Le Shahmnama écrit à la demande de Shah Jahan est une œuvre décorative dont les peintures d’oiseaux et d’animaux sont des chefs-d’œuvres.

Miniature mogholeAurangzeb, le fils de Shah Jahan accéda au trône après avoir exterminé ses frères et emprisonné son père. Il était orthodoxe et pendant son règne les arts furent délaissés. Après Aurangzeb, le règne des Moghols se poursuivit pendant encore un siècle et demi, mais au milieu du XVIIIème siècle leur territoire n’était plus concentré qu’à Delhi. L’art continua cependant à prospérer dans les provinces mogholes éloignées de Murshidabad et d’Awadh.

Des styles régionaux se développèrent au XVIème siècle. L’école de Marwa se transforma en donnant à ses compositions une forme verticale avec des arbres et des visages élégamment allongés, renfonçant encore la verticalité. Les couleurs étaient uniques, appliquées de manière plate, sans nuance d’ombrage ou de tonalité, mais le kaléidoscope des formes, des arbres en particulier, donne un effet de variété et de grande richesse.

A partir du XVIIème siècle, les rajas de Bundi furent intimement associés à la cour moghole. Les techniques mogholes et les portraits des ateliers de Shah Jahan influencèrent par conséquent les artistes de la cour de Bundi surtout en ce qui concernait l’utilisation des ombres, la qualité des surfaces peintes et les colorations subtiles.

Miniature DeccaniL’Ecole de Kishangarh apporta sa contribution avec un nouveau style féminin : une beauté gracieuse avec des yeux en amande, des sourcils bien arqués, un nez aquilin saillant et un menton pointu. L’art De Kishangarh atteignit son apogée en 1737 et 1757. Savan Singh (1699-1764), le prince héritier, revivifia la peinture en l’inondant du désir spirituel de l’âme à la quête du divin.  Ces œuvres étaient également caractérisées par une utilisation libérale des motifs typiques de Bundi : des bassins parsemés de lotus et de canards brahmini, des balustrades frappées par le soleil et dont les contours se prolongent dans un jeu capricieux d’ombre et de lumière sur un paysage représentant la romance céleste de Radha et de Krishna.

Certaines peintures précoces de Jaipur ont imité l’art moghol tout en adhérant au style d’expression indhue.

Les traditions de peinture tirèrent également inspiration des ragas, car la musique était considérée comme la forme artistique la plus élevée. La ragamalas sont une tradition poétique où les types mélodiques ou ragas sont décrit par des vers illustrés.

L’évolution de l’art indien fut par la suite freinée. Pendant un siècle et demi de règne britannique, on a mis un frein à l’exposition de l’art indien. Un genre distinct émergea au début du XIXème siècle. Il représentait principalement les traditions et les coutumes indiennes pour les Anglais faisant preuve de curiosité.

Des artistes européens comme J.Zoffany. Tilly Kettle et les Daniell s’installèrent en Inde en capitalisant sur cette tendance et introduisirent un paysage indien romantique avec la peinture à l’huile. Les sujets étaient nouveaux et exotiques, mais la manière dont-ils étaient traités était familière et uniforme. L’Inde avec la diversité de ses paysages, ses nombreux monuments souvent en ruite et sa population de couleur, procurait une réponse parfaite pour l’expression d’une beauté pittoresque. Ce n’était pas l’Inde comme elle était, c’était l’Inde vue à travers les yeux des colons. 

Dans les temps anciens et jusque ces dernières années les miniatures indiennes étaient peintes sur ivoire avec des pigments naturels à l'eau. Depuis l'interdiction de l'Europe d'importer de l'ivoire, les miniaturistes indiens (commerce oblige) peignent sur os de chameau. Pour ma part, j'ai eu la chance d'hériter de mes parents, qui vivaient en France 6 mois de l'année, quelques miniatures sur ivoire apportés dans leurs bagages il y a plus de 50 ans. ces miniatures ne sont malheureusement pas anciennes mais elles reflètent le travail perpétré encore de nos jours par les différentes écoles.

1) Les photos des miniatures anciennes mises pour illustrer cet article ne m'appartiennent pas. Si vous en êtes le ou les propriétaires et que vous me le demandez, elles seront retirées dès que sera lue votre demande.

2) Par contre je mets ci-dessous une vidéo faite avec ma collection personnelle. Je vous serais obligés, si vous êtes intéressés par cet article et que vous visionnez cette vidéo de ne pas en faire de copie, sauf autorisation de ma part,  je vous remercie de votre compréhension.