Alors que l’on célèbre aujourd’hui la centième journée de la femme à travers le monde, le Kerala vibrait la semaine dernière au rythme du festival religieux de l'Attukal Pongala. Pendant une dizaine de jours, la ville de Trivandrum accueillait le plus grand rassemblement féminin au monde.

Afficher l'image 4,5 millions de femmes ont participé à la Pongala cette année
4,5 millions de femmes ont participé à la Pongala cette année

Chaque année en février-mars, Trivandrum, dans le Kerala, voit arriver les fidèles en masse pour célébrer sous un soleil de plomb la Pongala, une cérémonie religieuse dédiée à la déesse Baghavati. La spécificité de cette Pongala? elle ne draine que des femmes, qui par millions, viennent déposer lors du 9ème jour leur offrande au temple d'Attukal , toutes castes et toutes religions confondues. Cette année, la Pongala aurait battu un nouveau record, attirant 4,5 millions de femmes.

"Il n'y a rien de semblable, nulle part ailleurs dans le monde. C'est extraordinaire, cette façon pour une ville entière de tout préparer pour que des millions de femmes puissent faire leur offrande. Personne ne pourrait imaginer que la ville de San Francisco puisse cesser toute activité, tout transport pour un rassemblement de femmes", déclare Diane Jenett à la BBC. Ce professeur fait tous les ans ou presque le voyage depuis les Etats-Unis, et participer à la Pongala, sur laquelle elle avait soutenu une thèse.

Vêtue de la tenue traditionnelle du Kerala, une sorte de pièce de coton blanc aux fins liserés, Diane Jenett participe au rituel, qui exclut toute présence masculine . La journée débute par des ablutions, avant de se poursuivre par une séance de cuisine en plein air, au cours de laquelle la Pongala, un plat traditionnel à base de riz, de sucre non raffiné et de coco est préparé. Les femmes vont ensuite l'offrir à la déesse Baghavati, aussi appelée Kannagi. Cette offrande est censée leur apporter prospérité et exaucer leurs vœux. "Nos mères prient pour que nous ayons un bon mari", déclare Rina, une jeune Keralaise. "Mais nous, nous prions pour avoir un bon travail".

Cette cérémonie, comme l'a montré Diane Jenett, est très ancienne, et trouve sa source dans la mythologie hindoue. Kannagi, symbole de justice et de chasteté, avait vu son mari exécuté par le roi de Madurai, injustement. Elle aurait incendié la ville de Madurai, et, toujours en fureur, aurait atteint un petit village, dont les femmes, des intouchables, l'aurait nourrie de Pongala. La légende dit alors que la déesse, apaisée, aurait ensuite demandé à ce que cette offrande lui soit faite, uniquement par des femmes. Mais ce qui n'était au départ qu'un festival local, s'est transformé, au fil du temps, en un gigantesque rassemblement de femmes, désormais inscrit au Guiness des records.

Ce festival touche désormais toutes les castes hindoues, voire même toutes les religions, y compris des femmes musulmanes et chrétiennes. Le Kerala est en effet très spécial, à bien des égards : tradition matrilinéaire jusqu'au début du 20ème siècle, mixité de religions importantes, et importance des femmes sont les ingrédients qui font de la Pongala un évènement extraordinaire, selon Diane Jenett: "c'est difficile à expliquer, mais mon désir de participer à la Pongala s'accroît chaque année, raison pour laquelle je fais ce voyage. La Pongala, c'est la communion, la dévotion et l'égalité en un seul lieu et un seul jour".

- Article paru dans le magazine "Aujourd'hui l'Inde" -