Oleg est devenu un "copain" alors qu'au départ rien ne nous prédisposait à nous lier de sympathie. Nous faisons partie de la même compagnie de danse mais nos relations se limitaient à un bonjour aimable le matin et à un au revoir poli le soir. Nous déjeunions avec nos nos copains respectifs point final. Jusqu'au jour où :

En sortant de répétion je me précipitais, dans la salle de douche, pressé d'enlever cette odeur de fauve qui me collait à la peau quand, le nez au vent comme d'habitude, je glissais sur une savonnette qu'un indélicat personnage avait laissé trainé sur le sol. Ne faisant ni une ni deux, j'ai glissé dessus entraînant dans ma chute tout ce qui se trouvait sur mon passage, c'est à dire, champooing, serviettes. Complètement abasourdi par ce qui m'arrivait je n'arrivais pas à me relever. Vu le potin que j'avais fait en tombant, j'avais attiré le maître de ballet, et les quelques danseurs qui se trouvaient à côté, résultat, mon humiliation a été à son comble quand ils se sont mis à trois paires de bras pour m'aider à me mettre debout. J'avais tellement honte d'être vu dans cet état que je ne sais pas qui m'a relevé, je n'ai jamais osé relever la tête. Plus que mon derrière c'est mon amour propre qui a été le plus touché.

Résultat 10 jours d'arrêt de travail et obligation de dormir sur le ventre. Mon derrière est passé du noir au violacé, puis au jaune vert avant de reprendre sa couleur naturel. N'empêche que j'ai eu fort mal et physiquement et moralement. Par contre, je suis devenu un crack pour tester et reconnaître les fauteuils et canapés les plus moelleux.

Ceci, dit, l'indélicat personnage responsable de mon humiliation était Oleg, qui à mon retour et vu l'état dans lequel je me trouvais, m'étant fait rappeler à l'ordre parce que je ne sautais pas suffisamment haut, et compte tenu de la couleur arc en ciel de mon arrière train (oui, les douches sont communes) est venu s'excuser. Sur le moment, j'ai hésité à lui dire ma façon de penser puis j'ai réalisé que j'étais aussi coupable que lui. A-t-on idée de foncer comme un sauvage dans une salle de douche ? Vu son air gêné et voyant qu'il était sincère, de plus, ne voulant pas être en désagréable avec un membre de la troupe, j'ai accepté ses excuses. En tout cas, j'ai retenu la leçon, aller lentement dans ma précipitation !

Comme nous faisons partie de la même compagnie, nous partageons les cours communs, puis les répétitions pour le ballet classique européen,avec en plus pour moi, les cours de danse indienne. Cette mésaventure commune nous a rapprochée. A chaque fois que nous nous disions bonjour ou bonsoir, il s'inquiétait de ma santé. J'ai souvent surpris son regard pendant que je parlais avec les autres indiens de la compagnie et puis nous avons fini par parler un peu, oh de banalités, et nous avons fini par déjeuner souvent ensemble au foyer de l'école de danse ou à notre mange-debout préféré. Il m'a présenté à d'autres danseurs russes, que je ne connaissais que de vue et j'ai fait de même en lui présentant Sathiya, qui lui aussi est dans la troupe et mon meilleur ami après A... Bien que notre compagnie soit franco-indienne et que nous travaillons ensemble depuis plusieurs années, nous restons entre communauté, non par racisme mais par facilité et surtout, enfin je crois, par timidité.