S’insinue sournoisement en moi, après avoir pris les noms d’anxiété et d’angoisse. Elle s’impose à n’importe quel moment de la journée et de la nuit.  M’empêchant de réfléchir, de raisonner. Aussi envahissante qu’une amante dont on ne voudrait plus.

Plus l’intervention de mon ami approche plus j’ai peur et moins j’ose lui en parler. Je me doute que pour lui aussi un nombre incalculable de questions a vu le jour. A-t-il déjà choisi le pays ou aura lieu l'intervention ? La date a-t-elle été retenue ?  A-t-il déjà versé des arrhes ? Le chirurgien lui a-t-il donné des garanties de réussite suffisante ? Oui, je sais bien que pour ce type d’opération aucune garantie formelle ne peut être apportée, tout dépend du patient et de ce qu’ils vont trouver à l’intérieur mais,  je me raccroche à ce que je peux.  Serais-je du voyage ?

Il ne m’en parle pas ! Pourquoi ? Cette opération est elle indispensable ? Oui, oui sans conteste. Il l’attend depuis tellement d’années que je n’ai aucun droit d’en douter ni, d’y faire obstacle. Ma mauvaise conscience et mon égoïsme me font dire qu’il a vécu si longtemps dans cet état d’entre-deux, pourquoi  est-ce si pressé maintenant ? Et si ca  se passait pas comme cela devrait ? Et si les résultats n’étaient pas ceux attendus et si, il faisait un rejet ? Et si j’arrêtais d’être pessimiste et défaitiste ce serait pas mal non plus non ?

En regardant bien au fond de moi, je déteste ce que j’y vois.  Un mec peureux, non pour son ami mais pour son petit bien être et bonheur personnel. Je suis un monstre d’égoïsme. Au lieu de le soutenir, je me tiens coi le laissant se débattre dans des difficultés qui en fait nous concerne tous les deux et dont la résolution ne pourraient  qu’être bénéfique pour notre couple dans un sens ou dans l’autre.